Le Parisien: Le rappeur Soprano, 35 ans, a inventé le mot cosmopolitanie pour appeler un monde idéal où cohabitent toutes les diversités.

Depuis plusieurs années, Soprano savait qu’un jour il sortirait un album intitulé « Cosmopolitanie ». Il a donc appelé ainsi son 4e disque, qui sort aujourd’hui et qui est parti pour triompher, comme les précédents.

Cosmopolitanie : néologisme pour baptiser un monde idéal, carrefour de toutes les diversités. « J’incarne cette idée-là, explique Soprano, 35 ans, de son vrai nom Saïd M’Roumbaba. Je suis comorien d’origine, né en France, musulman, marié à une femme italienne et espagnole. Je mange halal, pas elle, et parmi trois enfants, certains disent : Je mange comme papa et d’autres : Je fais comme maman. »

Soprano raconte cela les yeux brillants, le sourire radieux. Le rappeur positive, sans angélisme. C’est dans la nature du Marseillais, artiste responsable, qui ne veut jamais choquer. « Quand j’écris, je pense à mes enfants bien sûr, mais aussi à mes parents, qui sont retournés aux Comores. Je sais que mon père suit ce que j’écris dans mes chansons, donc je fais attention. A mes débuts, on avait fait une chanson qui s’appelait le Son des bandits. Et mon père, choqué, m’avait dit : Comment ? ! Tu fais de la musique pour être un bandit ? »

Alors Soprano pèse chaque mot. Quand il évoque l’identité nationale dans « Ils nous connaissent pas », il caricature volontairement ce que l’on peut penser des familles des cités. « Papa boit tous les soirs, trop de facture à payer. Maman pleure au parloir, petit frère a replongé. » Il assume : « J’ai écrit cette chanson au moment du débat sur l’identité nationale. Ça me rendait fou que l’on sorte des clichés là-dessus alors que moi je suis français. Quand on allait aux Comores, mon père disait : On va retourner au bled. Je lui disais : Non, TU vas retourner au bled . Moi, mon pays c’est la France. »

Et sa ville, c’est Marseille, où il appelle au calme au milieu des règlements de comptes sanglants à travers la chanson « Kalash & Roses ». « L’un de mes cousins en a été victime. A son enterrement, sa mère est venue me dire : On ne doit pas être amené à enterrer ses enfants. »

La famille est toujours là avec Soprano, musicale avec son groupe Psy4 de la Rime, qu’il rejoindra pour un prochain album. Et personnelle, surtout, avec ses trois enfants : Inaya, 7 ans, Lenny, 4 ans, et Luna, 2 ans. « Pour chaque album, je fais un enfant. Et chacun a sa chanson dans un de mes disques. Cette fois c’est Luna. » Il n’a pas oublié non plus son premier fils, né quand il avait 16 ans, qu’il n’a jamais connu. « Une erreur de jeunesse », évoqué dans son premier disque. Aujourd’hui, Soprano veille à ne pas déraper, garde les pieds sur terre, loin de la vie de quartier de son enfance. « Mon épouse ne s’intéresse pas à mon succès. Elle aime ce que je suis en tant qu’homme. »

Pas étonnant que son rap touche tout le monde, grimpe d’office en tête des ventes, à l’heure où le hip-hop grand public enchaîne les succès commerciaux. « Quand je vois Sexion d’Assaut, Black M ou Maître Gims dire qu’ils se sont inspirés de ma démarche, ça me fait plaisir. Moi, je veux parler au plus grand nombre. »